A:      Al Aswany Alaa, L’immeuble Yacoubian

#1 DU CHALLENGE 2007 "E": Alaa El Aswany, L'immeuble Yacoubian

Connaissez-vous Alaa El Aswany ? C'est un véritable phénomène, avec cent mille exemplaires de L'Immeuble Yacoubian vendus en quelques mois, un film en cours de tournage avec une grande mobilisation de moyens et d'acteurs célèbres. Très vite, poussé par la rumeur, le livre s'est répandu dans le monde arabe, a été traduit en anglais, et le voici aujourd'hui en français. L'auteur est un vrai Egyptien, enraciné dans la terre noire du Nil, de la même veine que Naguib Mahfouz. Il pose un regard tendre, affectueux, plein de pitié et de compréhension sur ses personnages qui se débattent tous, riches et pauvres, bons et méchants, dans le même piège. Il ne juge pas, mais préfère nous montrer les espoirs puis la révolte de Taha, le jeune islamiste qui rêvait de devenir policier ; l'amertume et le mal de vivre de Hatem, homosexuel dans une société qui lui permet de jouir mais lui interdit le respect de l'amour ; il nous fait partager la nostalgie d'un passé révolu du vieil aristocrate Zaki ; l'affairisme louche mêlé de bigoterie et de lubricité d'Azzam ; la dérive de la belle et pauvre Boussaïna, tout cela à l'ombre inquiétante du Grand Homme, de ses polices et de ses sbires de haut vol comme l'apparatchik El-Fawli, et à celle non moins inquiétante d'un islam de combat, qui semble être la seule issue pour une jeunesse à qui l'on n'a laissé aucun autre espoir. Alaa El Aswany ne cherche pas le scandale. Il nous dit simplement que le roi est nu. Il nous montre ce que chacun peut voir autour de lui mais que seule la littérature rend vraiment visible. Nous comprenons un peu mieux comment va l'Egypte, certes, mais aussi comment va le monde et - peut-être également - pourquoi explosent les bombes...

Difficile d'en dire plus sur ce livre si bien résumé au verso! Corruption, escroquerie, homosexualité, islamisme, manigances, dévotion religieuse ou familliale, ce "melting pot" de la vie quotidienne des habitants de l'immeuble Yacoubian vous maintiendra en haleine pour quelques bonnes heures! Nous plongeons directement dans la culture égyptienne, qui malheureusement n'équivaut pas seulement à la chicha et aux belles danseuses orientales sur fond de musique entraînante au regard envoûtant et entouré de Khôl... Nous sommes trimballés, d'une page à l'autre, entre le triste, drôle, ridicule, étonnant, décevant et la frustration de ne pouvoir rien faire pour ces pauvres gens qui essaient seulement de vivre "mieux" et gravir les échelons par tous les moyens. Un beau livre qui nous fait réaliser à quel point nous sommes chanceux d'être ici plutôt que là-bas. La caricature de ce peuple est peut-être exagérée, n'empêche que ces problèmes de société existent vraiment et que l'injustice et l'absence de liberté priment encore aujourd'hui. Je lui accorde 8.5/10 parce que certains personnages sont un peu délaissés vers la fin du livre et j'aurais voulu en savoir un peu plus sur leur destinée... Avec impatience j'attends de voir le film, qui au dire de certains, est superficiel.

B:      Stefan Bollmann / Laure Adler, Les femmes qui lisent sont

         Dangereuses.

# 2 DU CHALLENGE 2007 "B": Laure Adler & Stefan Bollman, Les femmes qui lisent sont dangereuses.

Les femmes et la lecture dans l'art occidental « Les livres ne sont pas des objets comme les autres pour les femmes ; depuis l'aube du christianisme jusqu'à aujourd'hui, entre nous et eux, circule un courant chaud, une affinité secrète, une relation étrange et singulière tissée d'interdits, d'appropriations, de réincorporations. » Laure Adler L'histoire de la lecture féminine se reflète dans la peinture et la photographie. Les artistes de toutes les époques ont représenté des femmes en train de lire. Pourtant, il aura fallu des siècles avant qu'il soit accordé aux femmes de lire à leur guise. Ce qui leur incombait d'abord, c'était de broder, de prier, de s'occuper des enfants et de cuisiner. Dès l'instant où elles envisagent la lecture comme une possibilité de troquer l'étroitesse du monde domestique contre l'espace illimité de la pensée, de l'imagination, mais aussi du savoir, les femmes deviennent dangereuses. En lisant, elles s'approprient des connaissances et des expériences auxquelles la société ne les avait pas prédestinées. C'est ce chapitre captivant de l'histoire de la lecture féminine que Laure Adler et Stefan Bollmann explorent, avec un soin particulier du détail. Le fil de l'analyse conduit du Moyen Âge au temps présent, en s'attachant plus spécialement à certaines oeuvres de Rembrandt, Vermeer, mais aussi Manet, Matisse ou Hopper, jusqu'à la fameuse photographie d'Eve Arnold montrant Marilyn Monroe en train de lire Ulysse de James Joyce. De courts textes de commentaire accompagnent ce choix de peintures, de dessins et de photographies.


Un livre très romantique représentant les femmes d'abandonnant à leur passion, un peu comme nous, à la différence qu'elles ont été immortalisées pour la vie. Je n'ai pas pu insérer les images, mais si un jour vous avez la chance de tomber sur ce magnifique livre, vous saurez lesquelles ont été mes favorites! J'ai inclus le court texte se rattachant à chacune de ces images.

p.63 Jean-honoré Fragonard (1732-1806)
"Jeune fille lisant - 1770"
...et cet autre regard qui flotte librement dans l'air, jusqu'à se perdre dans les sentiments et les rêveries que la lecture fait naître.

p.72 Franz Eybl (1806-1880)
"Jeune fille lisant - 1850"
Le livre semble lui couper le souffle, est-ce que parce que l'histoire est si palpitante qu'elle veut absolument en connaître la suite?

C:      Pat Conroy, Le Prince des Marées.

D:      Fédor Dostoïevski, Le Joueur.

E:      Bret Easton Ellis, Lunar Park

F:      Anne François, Bouquiner.

G:      Nadine Gordimer, Un amant de fortune.

H:      Nancy Huston, Lignes de faille.

I:       Kazuo Ishiguro, Auprès de moi toujours.

J:      Henry James, Portrait de femme.

K:      Yasmina Khadra, Les sirènes de Bagdad.

L:       Harper Lee, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur.

M:     Anne-Marie MaDonald, Le vol du corbeau.

N:      Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran.

O:      Nuala O’Faolain, L’Histoire de Chicago May.

P:       Farah Pahlavi, Mémoires.

Q:      Yann Queffélec, L’amante

R:      Philip Roth, La bête qui meurt

S:      Carol Shields, Au même moment.

T:      Henri Troyatt, Catherine la Grande.

U:      John Updike, Tu chercheras mon visage.

V:      Stephen Vizinczey, Éloges des femmes mûres.

W:     Tom Wolfe, Le Bûcher des vanités.

X:      Xinran, Chinoises (lu en 2006, je triche !)

Y:      Marguerite Yourcenar, Le coup de grâce

Z:      Stephen Zweig, Marie-Antoinette.